Ethnographies du proche : perspectives réflexives et enjeux de terrain

Journée d'étude du 9 mai 2016 à à l'Université de Liège (Belgique)

Le voyage comme prérogative de l'enquête de terrain a longtemps constitué une des conditions nécessaires pour établir l'autorité ethnographique du chercheur. Celle-ci se gagnait au travers du témoignage du voyage, du fait d'«y avoir été», d'avoir séjourné quelque part, où l'éloignement géographique de son lieu de résidence s'accompagnait de l'immersion dans un contexte social et culturel identifié comme distinct de son univers de référence quotidien. Si cette condition de voyage et d'immersion persiste encore aujourd'hui, elle peut s'entendre dans un sens différent.

Cette journée d'étude porte sur la pratique du terrain «chez soi», c'est-à-dire sur une démarche ethnographique qui n'implique pas un éloignement géographique du contexte de vie quotidien du chercheur, ou qui implique un «retour» du chercheur «chez soi» lorsque celui-ci avait auparavant travaillé dans des contextes étrangers. Dans ces cadres, quelles formes prend le voyage en tant qu'exigence de la démarche de terrain et prérequis de l'autorité ethnographique ? L'immersion que mettait en place la situation d'enquête risque-t-elle de s'amplifier jusqu'à faire fusionner sujet et objet d'étude en raison d'une proximité géographique, engageant éventuellement aussi une proximité sociale ou culturelle ? Comment se façonnent les relations entre chercheurs et acteurs du terrain dans de tels contextes, et comment se définissent réciproquement les frontières de l'altérité ? La notion même de «chez soi» doit être interrogée des points de vue des différents acteurs qui concourent à la constitution des relations ethnographiques, en articulant la question des espaces et celle des temporalités, dimensions intimement liées s'il en est.

Particulièrement destinée aux jeunes chercheurs, la journée d'étude s'intéresse aux manières dont la nouvelle génération se confronte à ces questions. Quels positionnements méthodologiques et politiques amènent certains à choisir de faire du terrain «chez eux» ? Comment les enjeux de l'ethnographie du proche influent-ils sur la validité scientifique de leurs recherches ? Encadrées par deux conférences inaugurales, les réflexions s'articulent en trois sessions thématiques. La première explore la question de la distanciation et du décentrement du regard porté sur des sujets, objets ou lieux a priori familiers ; la deuxième traite des frontières entre le soi et les autres dans la relation ethnographique ; la troisième se focalise sur les postures et identités du chercheur, du point de vue de l'engagement et de l'éthique sur le terrain. En invitant à la confrontation d'expériences singulières et hétérogènes, cette journée d'étude se veut une contribution à ce qui constitue de nos jours une réflexion épistémologique complexe en sciences sociales, et en particulier en anthropologie.

Liste des participants.

Programme

9h45 Accueil des participants
10h00 Ouverture de la journée : Marie Campigotto (doctorante, LASC, FaSS, Université de Liège) & Rachel Dobbels (doctorante, LASC, FaSS, Université de Liège) – Introduction : Ethnographies du proche, perspectives réflexives et enjeux de terrain

Conférences inaugurales

Modération : Alice Sophie Sarcinelli (chargée de recherches F.R.S.-FNRS, LASC, FaSS, Université de Liège) & Cécile Piret (doctorante FNRS, LAMC et METICES, Université Libre de Bruxelles)

10h20 Sophie Caratini (directrice de recherche au CNRS, laboratoire URBAMA, Université de Tours) – Réflexions comparatives sur quelques postures anthropologiques vécues de l'ailleurs et du proche
11h10 David Berliner (chargé de cours, LAMC, Université Libre de Bruxelles) – L’observation participante ou comment jouer à être un autre
12h Dîner

Session 1 : En terrain familier : distanciation et décentrement du regard

Modération : Fanny Duysens (doctorante, SPIRAL, FaDSPC & LASC, FaSS, Université de Liège)

13h30 Hadrien Riffaut (chercheur associé au CERLIS, UMR 8070) – Entre les lignes. Ethnographie de la piscine Pontoise de Paris
13h55 Godefroy Lansade (doctorant, Centre Norbert Elias, EHESS Marseille & Centre d’Analyse des Processus en Éducation et en Formation, Université de Nice Sophia-Antipolis) – Enquêter en terrain « connu » : Un projet anthropologique à l’épreuve d’une relation de familiarité double au terrain d’enquête
14h40 Pause

Session 2 : Le soi, les autres et l’entre-soi : les frontières de l’altérité dans la relation ethnographique

Modération : Fanny Theunissen (doctorante et assistante, LASC, FaSS, Université de Liège)

14h50 Déborah Kessler-Bilthauer (Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (EA 3471), Université de Lorraine) – Rendez-vous en terrain connu. Proximité, distance et distanciation dans une enquête auprès des guérisseurs en Lorraine
15h15 Manon Bertha (chercheuse, Institut de recherche Santé et Société, Université Catholique de Louvain) – Malentendus qualitatifs et injonctions contradictoires. Quand l’ethnographe négocie sa place en ville et en santé publique
16h00 Pause

Session 3 : Engagement et éthique sur le terrain: postures et identités du chercheur

Modération : David Eubelen (doctorant, LAMC, Université Libre de Bruxelles)

16h10 Marco de Biase (doctorant FaSS, Université de Liège & aspirant F.R.S.-FNRS, GERME, Université Libre de Bruxelles) – Rechercher à la limite? Notes sur la méthode ethnographique
16h35 Maria Vivas Romero (doctorante F.R.S.-FNRS-FRESH, CEDEM, FaSS, Université de Liège) – Sommes-nous toutes des « Latinas » ? Réflexions sur l'incidence de ma position géopolitique et de mes identités multiples lors de la réalisation de mon ethnographie avec les travailleuses domestiques Andines à Bruxelles
17h20 Clôture de la journée : Elsa Mescoli (chercheuse et maître de conférences, CEDEM & LASC, FaSS, Université de Liège) & Alice Sophie Sarcinelli (chargée de recherches F.R.S.-FNRS, LASC, FaSS, Université de Liège)
17h30 Fin de la journée

Comité organisateur

  • Marie Campigotto (doctorante non-FRIA, LASC, FaSS, ULg)
  • Marco de Biase (doctorant ULg et aspirant F.R.S.-FNRS, GERME, ULB)
  • Rachel Dobbels (doctorante non-FRIA, LASC, FaSS, ULg)
  • Fanny Duysens (doctorante, SPIRAL, FaDSPC et LASC, FaSS, ULg)
  • David Eubelen (doctorant LAMC, ULB)
  • Elsa Mescoli (chercheuse et maître de conférences, CEDEM et LASC, FaSS, ULg)
  • Cécile Piret (doctorante F.R.S.-FNRS, LAMC et METICES, ULB)
  • Alice Sophie Sarcinelli (post-doctorante F.R.S-FNRS et maître de conférences, LASC, FaSS, ULg)
  • Fanny Theunissen (doctorante et assistante, LASC, FaSS, ULg)

Appel à contribution (cloturé)

Le voyage comme prérogative de l'enquête de terrain a longtemps constitué une des conditions nécessaires pour établir l'autorité ethnographique du chercheur (Clifford, 1988). Celle-ci se gagnait au travers du témoignage du voyage, du fait d' « y avoir été », d'avoir séjourné quelque part, où l'éloignement géographique de son lieu de résidence s'accompagnait de l'immersion dans un contexte social et culturel identifié comme distinct de son univers de référence quotidien.

Si cette condition de voyage et d'immersion persiste encore aujourd'hui, elle peut s'entendre dans un sens différent. Lorsque certaines dynamiques du monde contemporain permettent aux distances géographiques de se raccourcir, on assiste à une multiplication des « localités » (Gupta & Ferguson, 1997) ainsi qu'à une « contamination » réciproque entre l' « ici » et l' « ailleurs ». Dans un même espace géographique, des réalités sociales et culturelles différentes cohabitent, de sorte qu'en certains cas l'ethnographe n'a pas à se déplacer considérablement pour que son enquête soit « multi-située » (Gellner, 2012). Un travail de terrain consiste toujours en une tentative de décentrer le regard, une inclusion d'une vision autre, un « se déplacer et se re-localiser » dans une sorte de « va-et-vient » (Gandolfi, 2011 : 5) entre codes, positionnements, postures différents. Ainsi, la création de la distance entre immersion et décentrement reste une condition constitutive de la démarche ethnographique. Elle se construit dans un mouvement dialectique que la notion d'« observation participante » elle-même préconise. Cette approche méthodologique ne se résume pas en l'observation de pratiques et en le recueil de discours. Elle implique également pour le chercheur l'apprentissage des règles implicites ou explicites agissant sur le terrain (Harris, 2001) et la participation aux expériences des acteurs, qu'il s'agit de (d)écrire (Clifford & Marcus, 1986 ; Atkinson, 1992 ; Kilani, 1994) sans négliger les négociations, difficultés et contradictions rencontrées. En effet, loin d'être un simple réceptacle ou collecteur de matériaux ethnographiques concernant son étude, le chercheur est avant tout pris dans des rapports intersubjectifs (Tedlock, 1991 : 71), où les corps et les objets agissent comme médiateurs silencieux (Hall, 1959 ; Laburthe-Tolra & Warnier, 1993). Dans la construction des relations ethnographiques, entrent donc en jeu ses qualités physiques, sociales, culturelles, humaines. Le chercheur est parfois amené à les mettre en scène en même temps que son intimité et son histoire (Godelier, 2007 ; Izard & Bonte, 2004), non pas nécessairement dans une logique stratégique, mais même simplement en se racontant tandis qu'il partge une conversation informelle. Partant, la démarche ethnographique inclut aussi un travail réflexif sur sa propre place sur le terrain, autrement dit sur la manière dont les acteurs le reçoivent et le perçoivent, et sur les manières dont il peut négocier ces positions en prenant acte des dynamiques de pouvoir qui émergeraient.

A partir de telles réflexions, cette journée d'étude porte sur la pratique du terrain « chez soi », c'est-à-dire sur une démarche ethnographique qui n'implique pas un éloignement géographique du contexte de vie quotidien du chercheur ou qui implique un « retour » du chercheur « chez soi » lorsque celui-ci avait auparavant travaillé dans des contextes étrangers. Dans ces cadres, quelles formes prend le voyage en tant qu'exigence de la démarche de terrain et prérequis de l'autorité ethnographique ? L'immersion que mettait en place la situation d'enquête risque-t-elle de s'amplifier jusqu'à faire fusionner sujet et objet d'étude en raison d'une proximité géographique — engageant éventuellement aussi une proximité sociale ou culturelle ? Les chercheurs courent-ils le risque de rester « prisonniers de la situation de terrain » (Althabe, 1990) ? Comment se façonnent les relations entre chercheurs et acteurs du terrain dans de tels contextes, et comment se définissent réciproquement les frontières dans le rapport à l'altérité ? La notion même de « chez soi » doit être interrogée au regard des points de vue des différents acteurs qui concourent à la constitution des relations ethnographiques, en articulant la question des espaces et celle des temporalités — dimensions intimement liées s'il en est.

Cette journée d'étude se dédie particulièrement aux manières dont la nouvelle génération de chercheurs se confronte à ces questions. Quels positionnements méthodologiques et politiques amènent certains à choisir de faire du terrain « chez eux » ? Comment les enjeux de l'ethnographie du proche influent-ils sur la validité scientifique de leurs recherches ?

Nous invitons à la réflexion dans le cadre de trois axes thématiques principaux. Le premier axe vise à explorer la question du regard et de son décentrement sur les terrains familiers ; le deuxième axe porte sur les frontières comme espaces significatifs du rapport à l'altérité ; le troisième axe focalise l'attention sur les dynamiques de pouvoir et l'engagement du chercheur sur le terrain.

Axe 1. Connaître son terrain. Décentrement du regard porté sur des sujets et des objets familiers

Cet axe propose de réfléchir aux enjeux spécifiques du « terrain chez soi » par rapport au travail de distanciation de ses préjugés et préconceptions (prénotions dans les mots de Durkheim, 2002 [1894]) effectué par le chercheur. En effet, comme tout individu, ce dernier évolue dans certains contextes socio-culturels, professionnels et familiaux. Au cours de son travail de terrain, il doit déconstruire son propre univers de référence : neutraliser en quelque sorte son « moi social et intime » (Godelier & Rebeyrolle, 2009), s'en distancier, ou encore en faire un instrument particulier de compréhension des univers de référence, convergents ou distincts, des acteurs avec lesquels il noue des relations. Ainsi, le chercheur peut-il mobiliser une certaine « connaissance totale » pour « donner du sens » aux matériaux ethnographiques récoltés (Okely, 1992). Plus encore, en tant que « chercheur indigène » (Peirano, 1998), il se trouverait dans une position de « native multiple » (Mascarenhas-Keyes, 1987), amené à négocier ses propres caractéristiques dans ses relations ethnographiques, et à assumer diverses identités avec différents interlocuteurs selon leurs caractéristiques revendiquées (ethniques, nationales, d'âge, de genre et de statut, etc.).

Mais aussi, parallèlement, si les paradigmes et les préconceptions dans lesquels le chercheur est pris (Favret-Saada, 1990) agissent sur sa compréhension du monde environnant, comment déployer une certaine réflexivité vis-à-vis de l'expérience ethnographique et de ses conditions de possibilité (Bourdieu, 2003 ; Caratini, 2004) ? Quelles formes spécifiques prend la « devotion to the particular » (Miller, 2010 : 22) dans laquelle il est censé s'engager lorsque l'univers social et culturel dans lequel il mène son terrain est proche de celui auquel il appartient, au sens propre comme au figuré ? Comment positionner son regard – et tous ses sens (Stoller, 1989 ; 2004) – par rapport à ce qui lui est familier ? Assumant qu'un lien étroit existe entre les objets, sujets et approches mises en œuvre dans la construction d'un terrain (Fainzang, 1994), quelles postures méthodologiques et épistémologiques le chercheur peut-il assumer ?

La question de la prise de distance se pose ici en termes de décentrement des regards de l'anthropologue. Cet axe vise ainsi à interroger les stratégies mobilisées au sein de terrains a priori connus, à la manière d'une « étrange familiarité » (Ouattara, 2004), voire même de façon « incorporée ».

Axe 2. Les frontières de l'altérité dans la relation ethnographique sur un terrain « chez soi »

Cet axe propose de s'intéresser à la question des frontières de l'altérité en tant qu'espaces dans lesquels se déploient des relations sociales (Agier, 2013). L'altérité en question dans la relation ethnographique, ou mieux la « frontière » entre le « eux » des acteurs sur le terrain et le « je » du chercheur, est rarement pensée en dépit de sa portée herméneutique qui est tant de l'ordre du visible que de l'ordre de l'invisible. En effet, cette « frontière » se complexifie et devient un espace de plus en plus poreux de par la temporalité de l'enquête, la pratique du terrain et les expériences partagées avec les acteurs. La place du chercheur sur le terrain n'est pas d'emblée et pour toujours acquise, y compris (et peut-être d'autant plus) si l'on est « chez soi ». Négocier sa place et (dé)construire les frontières de l'altérité participe de ce jeu entre distance et proximité, et pousse à interroger l'ethnographie comme « expérience incorporée » (Piasere, 1999), où le chercheur serait amené à « incorporer l'Autre » (Okely, 1992 : 16).

Questionner les frontières de l'altérité implique aussi de prendre en compte le fait qu' « [a]utrui émet toujours, consciemment ou non, des signes que l'on interprète et par lesquels on l'identifie, on lui assigne une appartenance » (Ferréol & Jucquois, 2003 : 19). Quelles sont alors les « assignations identitaires » (Agier, 2013) que le chercheur émet sur son terrain, au proche, mais aussi celles dont il fait lui-même l'objet ? Dans quelle mesure le fait d'être un « partial insider » (Abu-Lughod, 1988 : 143) dans son terrain peut-il favoriser ou entraver la construction des relations ethnographiques ? Ce travail réflexif concerne toutes les phases de l'enquête — de l'entrée sur le terrain jusqu'au travail d'analyse et, in fine, de restitution — qui impliquent certaines mises en scène de soi et de ses interlocuteurs.

Dans cette optique, et en considérant le rapport à l'altérité dans une perspective multiple et réflexive, le chercheur se demande : « qui est étranger pour qui ? ». Ledit « sentiment d'appartenance » est ici envisagé de manière réciproque, et les questions soulevées peuvent se formuler en termes d'identités individuelles et collectives, visant la manière dont elles entrent en jeu dans la construction des relations ethnographiques (Ferréol & Jucquois, 2003).

Axe 3. Dynamiques de pouvoir et engagement sur son terrain

La relation ethnographique implique aussi l'imbrication des acteurs dans des rapports de pouvoir plus ou moins explicites. Ainsi, dira-t-on qu'il est des terrains plus politisés que d'autres, où le chercheur doit prendre place (Albera, 2001 ; Cefaï, 2002). Cela implique qu'il doit jongler avec différents rôles, positions et statuts que les acteurs — délibérement ou inconsciemment — lui assignent, allant parfois jusqu'à devoir négocier avec des tentatives d'instrumentalisation. Du même coup, le chercheur doit définir, en même temps que son implication, son engagement, et donc indirectement son adhésion à certaines opinions ou son refus d'autres — avec le risque d'être étiqueté comme défenseur d'une cause, ou de dissoudre sa recherche dans l'activisme (voir les cas des Subaltern Studies, des recherches féministes ou des « enquêtes de voisinage » auprès des minorités ghettoisées de la dite « école de Chicago » — notamment Stocking, 1983 ; Ghasarian, 2002).

Les questions qui émergent mêlent le positionnement éthique et l'engagement politique, entre responsabilité et légitimité. En effet, le chercheur s'immerge dans la vie des personnes et en partage le quotidien pendant une période donnée, néanmoins il « ne reproduit pas la société des autres et ne se reproduit pas dans cette société, alors que pour ces autres, qu'il observe, les représentations qu'ils ont du monde et d'eux-mêmes, leurs principes d'action, leurs façons de sentir sont des enjeux d'existence et de reproduction de leur existence » (Godelier & Rebeyrolle, 2009). Qu'en est-il des cas où le chercheur est lui-même un produit de la société où il a décidé de travailler, et qu'il contribue à (re)produire, notamment grâce aux connaissances émergeant de sa recherche ? A quelles tensions et dilemmes singuliers le chercheur est-il alors soumis ? Comment concilier l'engagement dans son terrain (la situation de l'enquête ethnographique) et l'engagement par son terrain (Alan & al., 2012 ; Rebeyrolle, 2009) avec la neutralité — tout du moins axiologique — qu'exige toute approche scientifique ? L'engagement sur son terrain peut-il être mis à profit comme outil méthodologique (Burawoy, 1998) ?

Les actes posés par le chercheur ont des conséquences sur les conditions d'existence des individus, groupes et institutions de la société étudiée, en termes non seulement d'actions perpétrées sur place, mais aussi des travaux produits à partir de l'enquête. L'accès et la visibilité accrue des résultats de la recherche pour les enquêtés qui ont participé à son élaboration peut-elle être une condition « d'horizontalisation » de la relation de terrain ? Cela pousse-t-il les chercheurs à faire du terrain « autrement », c'est-à-dire à être plus soucieux du regard des enquêtés sur la recherche, voire à les y inclure ? Comment les « comptes à rendre » du chercheur (par rapport à son éthique personnelle et disciplinaire, aux interlocuteurs de son étude, à ses commanditaires, ou encore à la communauté scientifique) influencent-ils son positionnement, sa posture et la légitimité de ses statuts, paroles et actes dans un terrain du proche ?

Modalités de participation

Cet appel à propositions est ouvert à tout(e) doctorant(e) ou jeune chercheur(e), qui, par sa pratique du terrain, a été confronté(e) à de pareilles problématiques — quelle que soit la discipline où ses recherches s'inscrivent. Les trois axes proposés ne se veulent néanmoins pas exhaustifs, car les situations ethnographiques qui peuvent relever de l'enquête de terrain « chez soi » sont multiples et hétérogènes. La confrontation d'expériences singulières ne cesse d'enrichir ce qui constitue de nos jours une réflexion épistémologique complexe pour les disciplines qui mobilisent l'approche ethnographique.

Les chercheur(e)s intéressé(e)s à proposer une communication sont invité(e)s à envoyer avant le 9 avril 2016 un résumé d'une longueur maximale de 200 mots accompagné d'une note biographique incluant statut, affiliation et informations de contact (5 lignes maximum) à l'adresse suivante : conferencelasc@gmail.com.

La journée d'étude aura lieu le lundi 9 mai 2016 à l'Université de Liège (Belgique). Elle s'inscrit dans les activités de l'Ecole Doctorale Thématique en Sciences Sociales de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Bibliographie

Abu-Lughod, L. 1988. Fieldwork of a dutiful daughter. In Altorki, S. & El-Solh, C. F. (Eds.) Arab women in the field: Studying your own society. Syracuse University Press, 139–161.

Agier, M. 2013. La condition cosmopolite. L'anthropologie à l'épreuve du piège identitaire. Paris : La Découverte.

Alam, T. & al. 2012. Science de la science de l'État : la perturbation du chercheur embarqué comme impensé épistémologique. Sociétés contemporaines, 87(3), 155-173.

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Cefaï, D. 2002. Les risques du métier. Engagements problématiques en sciences sociales. Cultures et conflits, 47(3).

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Fainzang, S. 1994. L'objet construit et la méthode choisie : l'indéfectible lien. Terrain, 23, 161-172.

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