Journée d’étude, le 5 mars 2026, à l’Université libre de Bruxelles.
Argumentaire
Le travail de conservation dans les musées et les archives suppose en premier lieu des choix et des sélections au cœur de la profession de conservateur.ices et d’archivistes. Les études critiques du tournant archivistique et muséal situent cette fonction de préservation dans des dynamiques complexes, en mouvement, indissociables du contexte politique et des spécificités locales. La façon dont les collections arrivent aux archives, ou au musée, se retrouve à l’intersection des dispositions légales et institutionnelles, des sensibilités individuelles, des concours de circonstances, des relations interpersonnelles imbriquées à des facteurs socio-politiques et économiques. Enfin, entre la volonté de sauvegarde des traces historiques et le manque de représentation de certains groupes, ce qui fait archive ou ce qui fait musée relève d’inégalités historiques où la sélection et le tri s’inscrivent dans des rapports de pouvoir (néo)coloniaux, de genre, de race, et de classe.
Dans ce contexte, si l’anticipation de la perte motive la fonction de conservation, l’accumulation des matériaux, leur maintien sur le long terme et leur accessibilité au public pose des défis structurels et financiers. Les modalités d’acquisitions dépendent ainsi des conditions de conservation, de l’occupation spatiale des objets et des documents d’archives qui peuvent, par leur quantité, créer une abondance et un trop plein amenant à d’autres limitations. Ainsi, quand le manque de traces alimente la volonté de sauvegarde, le manque de place et les contraintes matérielles contribuent à la (re)définition des critères d’acquisition et de sélection, mais aussi à la réévaluation des collections préexistantes.
En rassemblant chercheurs et chercheuses, professionnelles des archives et des musées, l’objectif de cette journée est d’engager une discussion sur les conditions d’acquisition, de collecte et de donation, mais aussi sur les pratiques qui, par le refus ou la destruction d’objets, remettent en cause l’inaliénabilité des collections. Les études de cas à partir d’une collection, d’une donation ou d’un objet sont encouragées. Nous nous intéresserons en particulier à l’articulation des préoccupations techniques de conservation aux considérations mémorielles, à l’engagement des institutions avec le collectif, et aux relations interpersonnelles entre les professionnel·les et les particuliers. Les individus, par le don à une institution, apportent en effet une contribution active à la production de mémoires collectives dans lesquelles s’inscrit leur expérience personnelle, familiale, communautaire. Cette journée encourage ainsi un espace de réflexion sur les modalités d’entrée de ces collections personnelles dans le domaine public par le biais du don, et la circulation des objets et des récits entre l’espace privé et celui des musées et des archives.
Axes de recherches
Acquisitions, donations et collectes
Un aperçu rétrospectif des pratiques d’acquisitions et de collecte montre leur évolution au fil du temps, en fonction des contraintes spatiales, de l’ancienneté des institutions, du stade d’accumulation. L’historique des acquisitions archivistiques et muséales amène à interroger la façon dont les collections préexistantes influencent les nouvelles acquisitions, comment la trajectoire des institutions, leur identité, leur rôle et leur réception à l’échelle locale structurent les donations et les conditions de conservation.
Les relations de dons
Ces donations, à l’initiative des donateurices ou des archivistes et conservateurs, nécessitent des relations de confiance et un accompagnement adapté pour le transfert d’une collection. Ces moments requièrent beaucoup de diplomatie, de patience, de compréhension. La relation d’un musée ou d’une archives avec ses donateurices se tisse souvent sur le long terme, d’autant plus quand les dons sont profondément personnels et empreints d’affects : des objets, des archives, mais aussi, parfois, des témoignages enregistrés et « donnés » comme récits de vie à un musée ou une archive.
Dans la mesure où le don engage l’idée que se fait la personne de l’institution donataire (DeWitt 1988, 359), cela peut donner lieu à des attentes divergentes et des donations qui ne vont, parfois, jamais aboutir. Si refuser de donner comme refuser de prendre équivaut à “déclarer la guerre” dans les termes de Mauss, archivistes et conservateur∙ices savent que « certains cadeaux causent plus de problèmes qu’ils n’ont de valeur. » (O’Hare et Smith 2011, 67). Sans nécessairement penser les donations « ratées » comme des échecs, nous souhaitons appeler à penser les frictions, les décalages, les malentendus comme des moments signifiants pour une sociologie des musées et des archives. Ces donations refusées, interrompues, ou qui n’ont jamais eu lieu, permettent de penser la fonction des institutions patrimoniales, la relation avec le public, la notion d’héritage et de collectif, les enjeux techniques, politiques et mémoriels de la conservation.
Les destructions d’archive ou aliénations des collections
De la performance artistique Erasing a Classified Military Document (2013) de Jason File (Biber 2022) à la description de la déchiqueteuse d’archives d’Adèle Yon (Yon 2025, 245‑46), la destruction volontaire de documents d’archive apparaît comme le paroxysme du pouvoir (répressif) de l’Etat, ou bien comme une routine de la profession d’archiviste. Que ce soit par manque de place, de moyens, ou pour d’autres raisons, se défaire d’une collection peut être un tabou qui fait pourtant paradoxalement partie de la fonction de conservation (Greene 2006).
Avec la question des donations, cette journée propose un espace de réflexion sur les deaccessions ou aliénations qui supposent de se séparer, de jeter, de détruire des archives ou des objets de musées jugés redondants avec le reste des collections, inadaptés à l’identité de l’institution, ou bien pour faire de la place pour de nouvelles acquisitions ou tout autre raison.
Modalités pratiques et inscription
L’événement sera retransmis en ligne mais ne sera pas enregistré.
L’événement se déroulera en français.
L’événement est gratuit mais l’inscription est requise : formulaire d’inscription (Complet en présentiel).
Comité organisateur
- Alice Baudequin (LAMC-ULB / LAM-UBM)
- Anne Malmendier (LAMC-ULB)
- David Berliner (LAMC-ULB)
- Pierre Petit (LAMC-ULB)
- Nicolas Navarro (ULiège)
Comité scientifique
- Amandine Lauro (ULB)
- Arno Leclercq (ULB)
- Renaud Bardez (ULB)
- Anne-Sophie Radermecker (ULB)
- Kim Oosterlinck (ULB/MRBAB)
- Kamala Marius (UBM)
- Jonas Tinius (HU)
- Bénédicte Grailles (UA)
- Marion Bertin (UCLouvain-ICOFOM)
- François Mairesse (U PARIS 3)