Découvrir la recherche qualitative par la pratique

La description complète et les modalités d'inscription apparaissent sur le site de l'école doctorale en sciences de gestion.

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État et société dans le Bénin d’aujourd’hui

Journées d’études à l’Université libre de Bruxelles, 8 et 9 décembre 2022

Le Bénin est aujourd’hui parmi les pays d’Afrique de l’Ouest connaissant une croissance économique indéniable. Dans une région ouest-africaine où les avancées démocratiques des dernières décennies sont désormais incontestablement mises à l’épreuve, il est aussi l’un des pays à donner à voir une trajectoire de continuité démocratique depuis trois décennies. Dans le même temps, la distribution des fruits de la croissance économique du pays reste à ce jour très inégale. L’arrivée au pouvoir en 2016 du président-entrepreneur Patrice Talon est, par ailleurs, considérée comme marquant une forme de tournant autoritaire par de nombreux observateurs de la vie politique nationale.

Dans ce cadre, ce workshop entend questionner les dynamiques économiques, sociales et politiques du Bénin contemporain à partir de deux axes de réflexion. Le premier aborde la question de l’État et de ses transformations à l’ère des politiques néolibérales des dernières décennies. Depuis le début des années 1990, le Bénin a été considéré comme l’une des démocraties ‘modèles’ de la sous-région. De la décentralisation du début des années 2000 aux réformes et à l’intense activité législative de ces dernières années, ses institutions ont depuis lors connu de nombreuses évolutions. Ce premier axe vise à explorer les multiples logiques au cœur de la fabrique, des discours, mais aussi des perceptions de l’État béninois dans les dernières décennies.

Le second axe propose de s’interroger sur les trajectoires de mobilité et d’immobilité sociales des individus et des groupes dans l’espace social béninois, notamment dans leur articulation à l’Etat et à l’action publique. En effet, les transformations du paysage national dans les dernières décennies, et les nouvelles impulsions politiques des dernières années, n’ont pas profité de la même manière à l’ensemble de la population. Prendre les positions sociales au sérieux, et scruter avec attention les types de ressources que les individus et les groupes s’avèrent ou non capables de mobiliser face aux défis du présent, s’avère ainsi un impératif majeur lorsque l’on se confronte aux dynamiques et aux divisions de la société béninoise contemporaine.

Axe 1 – Les multiples logiques de l’État : transitions politiques, gouvernance et citoyenneté

Le politique et la question de l’État ont constitué un objet central des études africaines depuis plusieurs décennies. Au Bénin, de nombreux travaux ont porté sur la transition démocratique du début des années 1990, sur la fabrique de l’action publique et le travail des fonctionnaires, ou encore sur les évolutions des institutions nationales. De différentes manières, ces travaux soulignent l’existence de logiques différentes, parfois même contradictoires, au cœur de la production et du fonctionnement de l’État – qu’ils abordent la question de la rente, du ‘capital politique’, du pluralisme juridique ou l’existence de normes pratiques à côté des règles officielles. Ce premier axe réunira des communications qui s’intéressent aux différentes moutures du politique, au fonctionnement de ses institutions, ou encore aux représentations et aux attentes des citoyens. Quelles ont été les dynamiques institutionnelles les plus significatives ? La dernière décennie fut caractérisée par de nombreuses réformes dans différents domaines. Dans quel contexte et dans quelles perspectives ces réformes ont-elles été élaborées ? Comment ont-elles été appropriées, et avec quels effets dans l’espace social ? De quelle manière les citoyens – en tant qu’individus ou en tant que professionnels – se saisissent-ils de l’État et de ses institutions ? A travers ces questions, cet axe vise à repenser la place et le rôle de l’État dans la société béninoise contemporaine, alors que les actions de ce dernier se font de plus en plus visibles.

Axe 2 – Trajectoires d’im/mobilités sociales au Bénin

Le Bénin a connu dans les dernières années une croissance économique soutenue. La question de la distribution des fruits de celle-ci, et plus généralement de la distribution des opportunités de mobilité sociale et d’accumulation, reste beaucoup plus floue. Dans les dernières années, l’épreuve de la pandémie, l’élévation du coût de la vie rapportée par bon nombre de Béninois, les politiques urbaines d’aménagement et d’éviction, la nouvelle impulsion donnée à la construction d’infrastructures routières, les redéploiements des politiques rurales, ont constitué autant de transformations des ‘structures d’opportunité’, et potentiellement des ‘chances de vie’, de différentes catégories d’acteurs, pour reprendre des formules chères à Max Weber. Dans un tel contexte, quelles sont les forces sociales à l’œuvre dans les trajectoires d’accumulation, ou au contraire de déclassement et d’exclusion ? Quelles sont les divisions sociales majeures auxquelles se trouvent confrontés les acteurs sociaux ? Quels sont les types de ressources ou de ‘capitaux’ qu’ils mobilisent dans la poursuite de leurs existences sociales ? Le néolibéralisme ‘tel qu’il existe’ au Bénin façonne-t-il un espace social favorable à l’émergence de nouvelles ‘classes moyennes’, avec quels contours, et avec quelles formes d’articulation à l’Etat ? Dans quelle mesure l’éducation reste-t-elle un vecteur de mobilité sociale ? Voilà, parmi d’autres possibles, quelques-unes des questions susceptibles de guider les questionnements de ce second axe thématique.


Appel à contributions

Les propositions de communications d’une page maximum, en français ou en anglais, sont à adresser avant le 10 juillet sous la forme d’un fichier attaché (word, open office ou pdf) à Sophie Andreetta (sandreetta@uliege.be) et Joël Noret (joel.noret@ulb.be). Les journées d’études se tiendront à l’université libre de Bruxelles les 8 et 9 décembre 2022. Afin d’encourager et de faciliter les échanges entre les participants, les auteurs des propositions retenues seront invités à soumettre une version écrite de leur présentation pour le 1er novembre 2022, en vue de leur pré-circulation à l’ensemble des participants en amont des journées. Une intervention dans les frais de transport et/ou d’hébergement des auteurs des propositions retenues sera envisagée, dans la limite des moyens disponibles.

Personnes de contact

  • Joël Noret (ULB)
  • Sophie Andreetta (ULiège)

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Pratiques sensibles. De l’enquête à la diffusion

Journées d'étude — 29 & 30 mars 2022

La question du sensible est manifestement dans l’air du temps dans les recherches en sciences humaines et sociales, a fortiori lorsque celles-ci intègrent une forte démarche de terrain. Ces approches demeurent toutefois marginales, et il convient de s’interroger sur ce que l’on entend, finalement, lorsqu’on souhaite faire du sensible —terme foncièrement polysémique (Laplantine, 2005)— un outil de recherche et de réflexion. En l’appréhendant avant tout comme une dimension qui, dans certaines enquêtes ethnographiques, s’impose tout au long du processus de recherche ou de manière plus manifeste à l’un ou l’autre moment (collecte de données, analyse, restitution), nous nous interrogerons sur les manières possibles de s’en saisir et de la rendre saisissable à d’autres.

Pensées comme un espace de réflexion et d’expérimentation, ces journées s’articuleront ainsi autour de deux axes : rendre compte du sensible et des manières sensibles de rendre compte, avec pour perspective d’inviter les jeunes chercheur.e.s et étudiant.e.s à (re)découvrir le rôle des émotions et sensations dans leurs travaux, ainsi qu’à explorer les manières alternatives d’enquêter et de diffuser la recherche, au croisement des disciplines.

En plus des conférences, deux ateliers seront proposés en parallèle le 29/03 après-midi (le nombre de places étant limité, l’inscription est obligatoire) : soit un atelier de photographie qui permettra de s’initier à la prise de vue avec l’artiste-photographe Gabriel Rodriguez, soit un atelier animé par le chercheur et enseignant de Qigong Martin Givors (FNRS, ULiège/LASC) sur les manières d’enquêter les pratiques corporelles. 

Programme, information et inscription

Site Internet du Laboratoire d’Anthropologie Sociale et Culturelle

Contact : Juliette Salme

Comité d'organisation

  • Florence Boux (EHESS/CNE, ULiège/LEMME)
  • Alexandre Donnen (FNRS, ULB/AGS),
  • Éloïse Maréchal (FNRS/FRESH, ULiège/LASC),
  • Juliette Salme (FNRS/FRESH, ULiège/LASC),
  • Mélanie Vivier (ULiège/LASC)
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Catégories et normes, opérateurs des rapports et des mondes sociaux

12e université d'été du RéDoc

Comme l'édition 2021, l'Université d'été 2022 se tiendra en distanciel du 15 au 17 juin 2022. Ce format virtuel sera, comme toutes les universités d'été, l'occasion pour tous et toutes, d'où qu'il.elle soit et où qu'il.elle soit, de prendre part à cette formation doctorale favorisant l'apprentissage des connaissances universitaires, de la communication scientifique et la création de liens professionnels dans leur champ de recherche et au- delà. L'Université d'été du RéDoc est ouverte aux doctorant.e.s qui désirent partager leurs recherches avec d'autres doctorant.e.s et des professeur.e.s au travers de trois jours d'ateliers et conférences.

Inscription

Pour vous inscrire et répondre à l’appel à communication explicité ci-dessous, suivez le lien suivant : https://events.unamur.be/event/59/

La date limite pour vous inscrire et répondre à l’appel est le 20 avril 15 mai 2022.

Thématique et argumentaire

Qu’ils soient interpersonnels ou institutionnels, les rapports sociaux (ses contours, sa permanence, ses évolutions) répondent à « des cadres » qu’il est intéressant d’étudier pour en saisir la logique. Ceux-ci se constituent au croisement, d’une part de catégories ou schèmes de pensée, qui inspirent l’action et émergent dans le discours, et d’autre part de normes, qui la contraignent. Celles-ci sont tantôt des normes formelles définies par l’institution, tantôt informelles, issues des pratiques habituelles ou de traditions. Quel que soit son objet ou son domaine d’investigation, la recherche sociologique et en sciences sociales est constamment confrontée à ces catégories et à ces normes et à la question de leur effet sur les rapports sociaux et de leur insertion dans les mondes sociaux. Si l’on prend l’exemple des discriminations, la question des catégories contribue largement à saisir les logiques des pratiques en la matière, mais elle vient toutefois percuter celle des normes juridiques élaborées pour les proscrire.

Les journées du RéDoc invitent donc les travaux des chercheurs doctorants à examiner finement, dans leur domaine de recherche, les catégories (lexique) ou les schèmes (énoncés) qui orientent les rapports et le monde, notamment dans le rapport vis-à-vis des normes, qu’elles viennent prolonger et définir, ou à l’inverse ignorer voire défier. Les sociologues de Chicago et les interactionnistes ont ainsi bien montré comment la déviance résultait davantage d’une transaction entre les catégories ordinaires et des normes institutionnalisées, et non d’une simple transgression constituée comme telle. La conformation aux normes relève d’un processus équivalent : davantage qu’une simple application mécanique, elle répond aux logiques d’un jugement circonstanciel où viennent se combiner références à la règle et catégories de pensée. Les nombreux travaux sociologiques sur les pratiques de guichet, point charnière entre les acteurs institutionnels et les citoyens, illustrent parfaitement le processus, que ce soit du côté des agents ou de celui des bénéficiaires, traduisant la règle dans une rhétorique adaptée à la situation. Des processus de régulation et de production normatives sont ainsi introduits par les agents et les acteurs en toute situation, lorsqu’ils tentent de se coordonner, d’adapter les réponses à certaines singularités des parcours de vie individuels ou de parcours d’action collective, selon les enjeux de l’institution (politiques publiques ou stratégies gestionnaires) ou de la société civile (mouvements sociaux ou collectifs).

Un tel processus de combinaison et d’articulation contribue à définir et stabiliser les répertoires d’action des différents mondes sociaux sur lesquels les sociologues sont amenés à porter leur regard : travail en entreprise, mondes de la culture, secteur de la santé et du social, mondes clandestins, espace familial, acteurs de l’enfance et de l’éducation, enjeux environnementaux ou espaces numériques. L’examen d’un tel processus, où représentations et institutions se confrontent et se combinent, n’ignore pas les rapports de pouvoir ou de domination qui se recomposent, par exemple, au travers de la place prise par des modes d’évaluation centrés sur la dimension gestionnaire. Il constitue en revanche une perspective pour en saisir les conditions de réalisation, dans une logique d’(inter)actions et non seulement de positions.

Sur le plan méthodologique, les exposés issus des travaux doctorants ou des conférenciers pourront interroger les dispositifs rhétoriques des acteurs à l’égard des catégories, leurs usages de terminologies pensées comme médiatrices (« inclusion », « intégration »), leurs jeux stratégiques vis-à-vis de normes juridiques ou de représentations ordinaires et la manière dont les rapports se cristallisent autour de ceux-ci. L’examen des effets de catégories ordinaires ou normatives comme le genre ou la profession, mais aussi le handicap, la pauvreté, la dépendance, l’espace de résidence pour ne citer que ces exemples, non exhaustifs mais simplement illustratifs, permet de saisir comment les mondes et les rapports sociaux se configurent autour d’un système normatif et référentiel. Les travaux présentés pourront aussi souligner la dimension de réflexivité et la responsabilisation de l‘ensemble des acteurs, bénéficiaires, attributaires, citoyens, clients ou encore concepteurs ou politiques. Cela permet ainsi d’interroger comment l’action publique rencontre (ou non) l’action collective de la société civile ? Comment les catégories expertes contribuent à produire de la norme dans le prolongement ou dans la rupture avec les catégories du sens commun ?

Les communications pourront se situer dans plusieurs perspectives d’analyse :

  • Une perspective temporelle, en termes de transitions collectives ou de parcours sociaux individuels. Les collectifs et mondes sociaux (entreprise, institutions, associations, mouvements sociaux, etc.) connaissent des évolutions significatives qui se traduisent dans la rhétorique qui les qualifie et dans les normes dont ils sont porteurs. Les communications pourront interroger comment celles-ci contribuent ou accompagnent ces transitions. Le même type de questionnement s’applique pour les parcours sociaux individuels, qui s’articulent à des désignations ou des injonctions, selon des périodes de la vie (« enfance », « retraite », etc.), des bifurcations, des épreuves imprévues…
  • Une perspective spatiale, en termes de scènes sociales pourra également constituer une perspective heuristique. Qu’il s’agisse des espaces géographiques, sociaux ou institutionnels, publics ou privés, physiques ou virtuels, la manière dont ils sont catégorisés ou régulés contribue à définir les rapports sociaux qui s’y développent, qu’ils soient le produit des sociabilités ordinaires ou des effets politiques ou organisationnels. Ils forment ainsi des instances (« entreprise », « équipe », « réseaux », etc.) qui astreignent les rapports sociaux tout en les autorisant.
  • Une perspective en termes de sociabilité et de socialisation, portant son regard sur les appropriations, les transgressions et toutes les implications des catégories et normes de l’action sociale. Les échanges et interactions ordinaires sont également des instances de catégorisation et de normalisation, souvent informelles quand bien même ils se dérouleraient dans un contexte institutionnel ou organisationnel. Comment désigne-t-on les rôles dans une famille recomposée et quelles conventions relationnelles s’élaborent-elles alors ? Comment les relations entre surveillants et détenus se définissent-elles au-delà des règlements pénitentiaires ? Comment les salariés régulent leur travail autour de jugements interpersonnels ? Pour ne citer que quelques illustrations qui appellent une multiplication des terrains d’investigation.
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Migrations et Diversité culturelle

Séminaire doctoral annuel

Appel à contributions

La treizième édition du séminaire doctoral annuel du programme « Migrations & Diversité culturelle » de l’EDTSS se déroulera cette année à l’Université de Liège les 27 et 28 avril 2022

Thématique

Toute problématique en lien avec le champ de recherche peut faire l’objet d’une communication.

Pour qui ?
Cet appel à contributions s’adresse à tout.e doctorant.e intéressé.e par le champ des études migratoires et post-migratoires et/ou des théories de l’intégration (diversité sociale et culturelle dans les sociétés contemporaines). Il concerne tant les doctorant.e.s en sociologie ou en anthropologie que les jeunes chercheur.e.s d'autres discipilines des sciences humaines.

Objectifs du séminaire

  1. Discussion avec des experts du champ (cf. discussion de chaque papier et apport de « keynote speakers » experts dans le champ). Pour cette édition, les deux keynotes de notre école doctorale seront annoncés bientôt.
  2. Ce séminaire donne l’occasion aux doctorant.e.s et jeunes chercheur.e.s de diverses disciplines des sciences sociales (sociologie, anthropologie, sciences politiques, démographie et développement, etc.) de présenter l’état d’avancement de leur thèse (problématique, dispositif méthodologique, premiers résultats, discussion théorique…), en se positionnant de manière réflexive par rapport aux débats théoriques et méthodologiques contemporains.

Méthode de travail

Les communications acceptées seront regroupées en ateliers dotés d’une certaine cohérence (thématique, théorique, géographique ou autre). Chaque communication durera environ 20 minutes et fera l’objet d’une mise en discussion critique préparée par un.e spécialiste (professeur.e ou chercheur.e confirmé.e, non-membre du comité d’accompagnement de la thèse). Ces discutant.e.s seront prioritairement des chercheur.e.s appartenant à la même discipline que celle du doctorant.

Les doctortant.e.s intéressés sont invités à proposer un résumé de maximum une page de leur communication avant le 1er mars 2022. Un texte écrit complet (environ 10 pages) sera demandé pour le 1er avril 2022 et transmis au discutant.

Contact et envoi des propositions

M.Martiniello@uliege.be

Comité scientifique

  • Marco Martiniello (ULiège)
  • Hassan Bousetta (ULiège)
  • Jean-Michel Lafleur (ULiège)
  • Jacinthe Mazzocchetti (UCLouvain)
  • Laura Merla (UCLouvain)
  • Marie Verhoeven (UCLouvain)
  • Asuncion Fresnoza (ULB)
  • Andrea Rea (ULB)
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Pour une socio-anthropologie de la présence

Nous partons de ce constat qu’il est un vaste ensemble d’expériences rétives au vocabulaire de la modernité qui, pour trouver un chemin vers la conscience et le partage, semblent prendre appui sur des ressources associées à la sphère esthétique ou religieuse. Parmi elles, nous nous centrons sur la sensation ou le sentiment d’une co-présence ou d’une présence dans le monde. Celle-ci peut se manifester alors même que le sujet ou l’objet dont la présence est perçue n’est pas disponible dans l’ici et le maintenant.

En particulier, nous voulons explorer et documenter l’engagement attentionnel spécifique qui serait requis pour entrer dans ces expériences, comment il s’obtient et s’expérimente ; quel engagement émotionnel/perceptuel y serait impliqué ; est-il plaisant ou non ; pourquoi et comment en arrive-t-on à dire que « quelque chose s’est passé » et que se passe-t-il exactement quand on dit que « quelque chose s’est passé » ? Enfin tout ceci débouche-t-il sur une sensation spécifique d’appartenance au monde ; au cosmos ? Autrement dit, un engagement existentiel spécifique est-il la marque/l’horizon de ces expériences ? Comment le décrire ; quelles situations y mènent ?

L’intérêt pour ce type d’expériences s’inscrit dans un contexte foisonnant, cristallisant des tensions épistémiques dans le cadre des humanités comme des sciences sociales, où s’expriment de nouvelles attentes envers les outils de nos disciplines, où s’autorisent des pistes de recherche inédites, dans une configuration sociale, politique, morale à la fois riche en propositions et fragile en ressources (Laplantine 2018, 2021 ; Piette 2009, 2013 ; Schaeffer 2015 ; Citton 2016 ; Jeune 2016). Cette route croise en effet des chemins empruntés par divers auteurs et courants, s’inscrivant dans des directions étonnamment plurielles si pas antagonistes, dont nous commençons à prendre connaissance. Ils ont en commun le déploiement d’une attention particulière à la relation sensible qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. Et une volonté de s’y ancrer résolument, sans pour autant ouvrir les mêmes questions. Lorsqu’il s’agit de penser la « présence », nous rencontrons tant l’injonction à s’intéresser à « ce qui échappe à la signification » (Gumbrecht, 2010) qu’à se centrer sur la transcendance signifiante ouverte par la réception d’œuvres d’art (Steiner, 1990). De même, il sera tantôt fait fond sur la présence dans sa matérialité spatiale (Gumbrecht, 2010) ou corporelle, tantôt sur la dimension temporelle d’un « présent vivant » avec toutes les complications que cela induit en termes d’accès à la signification (Cf. Schütz, 2007).

Dans le cadre de ce premier séminaire, nous souhaitons ouvrir plus avant l’exploration des outils sociologiques, anthropologiques, philosophiques ou artistiques qui permettent de saisir quelques dimensions de ces expériences vécues singulières. Certaines tirant vers des hauts degrés d’intensité émotionnelle ou sensibles, que d’aucuns pourront qualifier d’« enchantées » (Halloy & Servais, 2014), tandis que d’autres requièrent une attention spécifique pour être perçues, associées en ce sens à une faible ou une basse intensité (Piette, 2009).

Notre intention dans le séminaire de cette année n’est pas avant tout d’explorer la littérature, mais bien d’engager la conversation avec les acteurs et auteurs de recherches menées sur des terrains fort divers, ou dans le cadre de différentes pratiques (danse, écriture, théâtre, soin…), en les invitants à réfléchir au lien qu’elles peuvent avoir avec la présence au sens le plus ouvert et large possible.

Comité d'organisation

  • Rachel Brahy (U-Liège)
  • Nathalie Zaccaï-Reyners (ULB)

Information et inscription

Rachel Brahy

Programme

14 février 2022 Introduction et projection du film documentaire « Une jeune fille de 90 ans »
21 février 2022 Table ronde autour du film avec Martin Givors (post-doctorant à l’U-Liège), Blandine Pillet (facilitatrice didacte de Biodanza), Pietro Varrasso (metteur en scène, chorégraphe, Professeur au Conservatoire de Liège).
28 février 2022 Puissance de la voix écrite : poésie et présence
Projection du film « Poetry » réalisé par Lee Changdong suivie d’un commentaire de Nathalie Zaccaï-Reyners
7 mars 2022 Bénédicte Meillon (Université de Perpignan) : La présence par le prisme du réalisme liminal et de l’écopoétique : quand la littérature nous réenchevêtre dans la toile du vivant
Martin Givors (U-Liège) : Jouer avec son environnement : poétique et poïétique du geste animique
14 mars 2022 Olivier Labussière (Université de Grenoble) : Aimer les spectres : présences subtiles de la nature à partir de l'oeuvre de Lucrèce
Véronique Dassié (Aix-Marseille Université) : Affordances sensorielles. De l’objet d’affection au portrait collectif
21 mars 2022 Laurent Fleury (Université de Paris) : « Cela a changé ma vie ». Réelles présences de l’émotion, suspens du jugement et signatures temporelles
Simon Lafontaine (Université de Colombie-Britannique) : Sentiments de solitude et esseulement dans la modernité
28 mars 2022 Clôture

Les séances auront lieu de 14h à 17h à l’ULB, Campus du Solbosch, bâtiment A, Porte Z, niv. 1 – local AZ1.101.

Bibliographie succincte

Emmanuel Berl, Présence des morts, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 1956.
Rachel Brahy, S’engager dans un atelier théâtre. A la recherche du sens de l’expérience, Mons, Éditions du Cerisier, 2019.
Rachel Brahy et Véronique Servais, « « Être avec » par corps : expérience du commun sur un plateau de théâtre », Recherches en communication, n°42, 2016.
Rachel Brahy, Catherine Bourgeois, Nathalie Zaccaï-Reyners, « Effervescence et enchantement », in espacetemps.net, « Traverses », 2020.
Yves Citton, « La présence médiale des corps étrangers », Multitudes, n°63, 2016/2, pp. 163-167.
Vinciane Despret, Au bonheur des morts, Paris, La Découverte, 2015.
Alfred Gell, L’art et ses agents. Une théorie anthropologique, trad. S.& O. Renaut, Paris, Les Presses du réel, 2009. Art and Agency. An anthropological theory, 1998.
Hans Ulrich Gumbrecht, Éloge de la présence. Ce qui échappe à la signification, trad. F. Jaouën, Paris, Libella – Maren Sell Éditions, 2010. Production of Presence. What meaning cannot convey, 2004.
Arnaud Halloy & Véronique Servais, « Enchanting Gods and Dolphins. A Cross-Cultural Analysis of Uncanny Encounters”, Ethos, Vol. 42, Issue 4, 2014, pp. 479–504.
Raphaële Jeune, « Vers différents régimes de présence ? », Multitudes, n°63, 2016/2, pp. 172-180.
François Laplantine, Penser le sensible, Paris, Poket, « Agora », 2018.
François Laplantine, Cheminements. Voies anthropologiques et voies artistiques de la connaissance, Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan, « Anthropologie prospective », 2021. « Danser : la danse contemporaine, pointe avancée de la création artistique », pp. 95-114.
Albert Piette, L’Origine de la croyance, Paris, Berg International éditeurs, 2013.
Albert Piette, L’Acte d’exister. Une phénoménographie de la présence, Marchienne-au-Pont, Éditions Socrate, 2009.
Jean-Marie Schaeffer, L’expérience esthétique, Paris, Gallimard, « nrf essais », 2015.
Alfred Schütz, Écrits sur la musique, trad. B. Gallet & L. Perreau, Paris, MF, « Répercussions », 2007.
George Steiner, Réelles présences. Les arts du sens, trad. M. R. de Pauw, Paris, Gallimard, « nrf essais », 1991. Real Presences. Is there anything in what we say ?, 1989.

Séance du 14 février 2022

Projection du documentaire « Une jeune fille de 90 ans » réalisé par Valéria Bruni Tedeschi et Yann Coridian (France), 2016

Au service de gériatrie de l’hôpital Charles Foix AP-HP, à Ivry-sur-Seine, Thierry Thieû Niang, danseur et chorégraphe, anime un atelier de danse avec des patients malades d’Alzheimer. Par la danse, des vies se racontent, des souvenirs s’égrènent plein de regrets, d’amertumes, d’éclats de joie, de solitudes. Blance Moreau a 92 ans. Pendant le tournage, elle est tombée amoureuse du chorégraphe Thierry. Le simple fait de tomber amoureuse étant en soi une chose folle, Blanche n’a plus rien de délirant ni de fou : sa maladie est devenue tout simplement la maladie de l’amour.

Séance du 21 février 2022

Table ronde autour du film avec Martin Givors (post-doctorant à l’U-Liège), Blandine Pillet (facilitatrice didacte de Biodanza), Pietro Varrasso (metteur en scène, chorégraphe, Professeur au Conservatoire de Liège).

Martin Givors est chercheur post-doctorant au Laboratoire d’Anthropologie Culturelle et Sociale de l’Université de Liège. Issu des études en danse et des pratiques corporelles chinoises, il interroge aujourd’hui la capacité des arts du mouvement à susciter des sensations et des pensées de continuité entre un corps et son environnement au sein de contextes européens marqués par un imaginaire naturaliste.

Blandine Pillet est facilitatrice didacte de Biodanza et directrice d’une école de formation de facilitateur-trices de Biodanza. Elle anime et enseigne la pratique de la Biodanza depuis une quinzaine d’année. Elle exerce également comme psychothérapeute praticienne somatic experiencing. Elle est aussi ingénieur agronome et docteur en économie de l'environnement – CNRS Université Richter de Montpellier- et fut chargée de projets une dizaine d’année.  

Après une formation à l’INSAS, puis au Centre de travail Jerzy Grotowski, Pietro Varrasso fonde la compagnie « Projet Daena » au sein de laquelle il met en scène Le Fou de Leyla (Nezami), Le Chemin du Serpent (Lindgren), L’Exception et la Règle (Brecht), Estrades (Willemaers), Yaguine et Fodé (création collective). Il signe également des mises en scène pour le théâtre de la Place (Riders to the Sea) et le Théâtre de Poche (The Island, Kids). Il travaille en collaboration avec La Charge du Rhinocéros et enseigne la formation corporelle, vocale et l’art dramatique au Conservatoire de Liège depuis 1993.

Séance du 28 février 2022

Projection du film de fiction « Poetry » réalisé par Lee Changdong (Corée du Sud), 2010

Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C’est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence et arbore des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives.

Le hasard l’amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois de sa vie, à écrire un poème. Elle cherche la beauté dans son environnement habituel, auquel elle n’a prêté aucune attention particulière jusque-là. Elle a l’impression de découvrir des choses qu’elle a toujours vues, et cela la stimule.

Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n’est pas aussi belle qu’elle le pensait.

Le commentaire qui suivra la projection reviendra sur la présence des morts dans nos vies, sur ce qu’ils font faire aux vivants, et sur la puissance de la voix écrite pour faire advenir cette présence.

Séance du 7 mars 2022

Bénédicte Meillon : La présence par le prisme du réalisme liminal et de l’écopoétique : quand la littérature nous réenchevêtre dans la toile du vivant

Faisant la part belle à la matérialité du vivant et de ses langages, une partie de la littérature écopoétique dévoile tout autant les paysages visuels, que sonores (Murray Schafer), olfactifs ou encore haptiques qui composent la chair du monde (Merleau-Ponty). Réaffutant notre intelligence sensible, cette littérature invite à repenser nos façons d’être au monde. Elle nous intime de prêter meilleure attention à la présence des autres terrestres avec lesquels nous cohabitons et co-naissons. Explorant les dimensions tangibles du monde par-delà le visible, notamment par le biais d’un mode littéraire que j’ai appelé le « réalisme liminal » (un proche parent du « réalisme magique », Zamora et Faris), cette littérature nous réinitie à des façons de percevoir et de communiquer avec des agentivités humaines et autres qu’humaines qui réenchevêtrent l’humain dans le reste du vivant. Il s’agira ici d’explorer en quoi certains textes écopoétiques nous enjoignent de réenvisager les formes du vivant, leur agentivité et leurs modes d’expression, d’une façon qui participe à réenchanter le monde, tout en demeurant compatible avec les nouveaux matérialismes (Abram, Barad, Bennett). Nous verrons comment l’écopoétique met en exergue une langue sensuelle et vivante, au diapason de et animée par des présences extradiégétiques, dont elle propose des échos poétiques. Aussi la littérature prolonge-t-elle les voix et les formes de nos naturcultures à mesure qu’elle co-compose, de façon sympoïétique (Haraway), des textes reliés à la toile du vivant.

Bénédicte Meillon est maîtresse de Conférences Habilitée à Diriger des Recherches à l’Université de Perpignan Via Domitia, où elle a participé à fonder OIKOS, l’atelier de recherche en écopoétique, écocritique et écoanthropologie du CRESEM, à l’UPVD (2015). Spécialiste de littérature anglophone et d’écopoétique, elle est actuellement en délégation à mi-temps auprès du LARCA-CNRS, à l’Université de Paris, et participe à ce titre aux activités de la Traverse Humanités Environnementales du LARCA. Elle est membre du Conseil de EASLCE (European Association for the Study of Literature and the Environment). Depuis 2015, elle a dirigé ou co-dirigé plusieurs manifestations scientifiques et publications collectives sur le réenchantement du monde par le biais d’une écopoétique transmédiale et transdisciplinaire. Sa monographie, Ecopoetics of Reenchantment : Liminal Realism and Poetic Echoes of the Earth (Ecopoétique du réenchantement: réalisme liminal et échos poétique de la terre) paraîtra au printemps 2022 chez Rowman & Littlefield.

Martin Givors : Jouer avec son environnement : poétique et poïétique du geste animique

Dans un ouvrage qu’il consacre à l’étude de nos expériences esthétiques, le chercheur en littérature Yves Citton construit l’hypothèse d’un « geste animique » désignant une forme d’attention et de soin accordée, ordinairement ou extra-ordinairement, à tout un ensemble de réalités (choses, lieux, entités) auxquelles « nous n’attribuions auparavant aucune considération éthique ».
Transposant cette notion dans le champ de la danse, je propose d’examiner la manière dont les pratiques corporelles peuvent participer à l’éclosion voire à l’entraînement de gestes animiques se caractérisant par une forme de jeu entre un corps et des agences environnementales, un jeu au cours duquel le mouvement n’émergerait pas d’une volition humaine isolée mais d’une conversation parfois fragile établie entre un corps et son environnement.
Pour ce faire, mon exposé proposera de mettre en perspective deux situations de terrain : l’une avec le chorégraphe Christophe Haleb lors de la création ciné-chorégraphique Eternelle Jeunesse (2021- 2022), l’autre avec des praticiens français de Zhi Neng Qi Gong au cours de leurs entraînements. Cette approche comparative nous permettra d’esquisser un nuancier de gestes animiques aux poétiques et poïétiques plurielles.

Martin Givors est chercheur post-doctorant au Laboratoire d’Anthropologie Culturelle et Sociale de l’Université de Liège. Issu des études en danse et des pratiques corporelles chinoises, il interroge aujourd’hui la capacité des arts du mouvement à susciter des sensations et des pensées de continuité entre un corps et son environnement au sein de contextes européens marqués par un imaginaire naturaliste.

Séance du 14 mars 2022

Olivier Labussière : Aimer les spectres : présences subtiles de la nature à partir de l'oeuvre de Lucrèce

La pensée de Lucrèce ne se réduit pas à l'atomisme bienheureux consistant à s'émerveiller devant les grains de poussière qui dansent dans la lumière. Il porte des questions pour penser nos relations contemporaines à la nature, sans tomber dans un catastrophisme anthropocentré. Apprivoiser ce qui est infra-pensable et infra-sensible, telle pourrait être la proposition de Lucrèce. Penser selon des vies minimales, c'est se porter au-devant de présences qui disparaissent et dont il nous faut apprendre à nous séparer, et poser la question de celles qui apparaissent et qui ne sont pas désirées. La physique spéculative de Lucrèce invite à penser une nature en transformation continuelle. La disparition des glaciers alpins et l'émergence de pierriers, la saturation et la détente de l'atmosphère, les transformations progressives de l'horizon avec l'arrivée de l'éolien. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Comment compagnonner avec ces présences subtiles ? La communication explore les appuis que peut proposer la pensée de Lucrèce pour s'ouvrir à des états indicibles de nature et penser les mutations de nos relations au monde contemporain.

Olivier Labussière est géographe, chercheur au CNRS, rattaché au Pacte, laboratoire de sciences sociales à Grenoble. Ses thèmes de recherche touchent aux relations entre énergie, espace et sociétés dans le contexte contemporain de scénarios bas carbone. L'analyse du déploiement de nouvelles technologies de l'énergie (à terre, en mer, en sous-sols), des politiques qui les sous-tendent et des luttes qu'elles suscitent offre une entrée privilégiée pour suivre la redéfinition des politiques environnementales contemporaines et celles de nos milieux de vie.

Véronique Dassié : Affordances sensorielles. De l’objet d’affection au portrait collectif

Qu’il s’agisse de souvenirs domestiques, d’objets intimes et obsolètes auxquels l’individu est attaché, d’éléments prestigieux du patrimoine monumental, emblématiques des groupes qui les revendiquent, ou encore d’une nature en péril, au nom de laquelle chacun peut s’engager, le monde matériel mobilise les sens et les affects. À la faveur de diverses enquêtes ethnographiques menées en France depuis les années 2000 sur la conservation du patrimoine domestique, les émotions patrimoniales et la patrimonialisation des mémoires des migrations, cet article analyse la manière dont les individus mobilisent les affects pour façonner leur autoportrait. Les épiphanies affectives passent par des expériences sensorielles, véritables épreuves des sens. Mais l’emprise des choses du quotidien, leur affordance et l’affection qu’elles inspirent ne se limitent pas à l’individu concerné, allant bien au-delà. Leur dimension collective se déploie à deux niveaux : action revendiquée de sauvegarde du temps qui passe d’une part, action invisible, voire inconsciente d’une perpétuelle reformation du monde d’autre part. Elle amène à considérer la portée politique des liaisons affectives et de leur interprétation sensorielle sous l’angle d’un autoportrait collectif, miroir d’un monde habité malléable.

Véronique Dassié est chargée de recherche au CNRS, Aix-Marseille Université. Depuis ses recherches doctorales, elle travaille sur les engagements affectifs, l’intime et la genèse des objets d’affection dans les processus de transformation d’une culture commune. Après avoir mené plusieurs enquêtes sur les patrimonialisations (objets domestiques, migrations, arbres et forêts), elle aborde les utopies à l’œuvre dans les attachements forestiers, les alliances entre art et anthropologie dans les processus de valorisation et de légitimation culturelle. Elle y envisage l’intime comme opérateur de consensus et rouage d’une infra-politique dans la reformation des mondes habités.

Séance du 21 mars 2022

Laurent Fleury : « Cela a changé ma vie ». Réelles présences de l’émotion, suspens du jugement et signatures temporelles.

« Cela a changé ma vie » : ce témoignage récurrent, souvent livré sur le ton de la confidence, dans des enquêtes que j’ai menées auprès de spectateurs fréquentant des institutions telles que le TNP de Vilar, le Festival d’Avignon, le Centre Beaubourg ou le Tanztheater de Pina Bausch laisse entrevoir l’importance des émotions esthétiques éprouvées. Comme si l’art et les émotions pouvaient modeler l’existence à l’instar de la religion, du travail, ou encore de la politique. La suggestion d’un tel bouleversement dans le cours d’une vie fonde une référence au temps et suggère une temporalité propre aux sensations. Car cette déclaration dépasse la simple évocation d’une échappée du quotidien. Elle signale autant la sensation que le sentiment. Sensation de la présence ? Sentiment d’appartenir au monde, voire dans un horizon politique de retrouver l’instauration possible d’un monde commun ? En partant de figures historiques, cette communication cherchera à attester l’importance de la sensation et du sentiment dans l’expérience esthétique. L’importance, car si leur existence semble relever d’une évidence anthropologique, l’idée d’une émotion décisive, ou d’une expérience mémorable soulève toute une série de défis épistémologiques et méthodologiques pour qui tente d’appréhender cette expérience. De même, qui s’intéresse à l’enchantement se voit dans l’obligation d’accueillir et d’interroger les enjeux éthiques et politiques d’un tel questionnement.

Agrégé de sciences sociales, docteur en science politique, Laurent Fleury est Professeur de sociologie à l’Université de Paris, où il dirige le Master « Politiques culturelles » et le Master de « Sciences sociales ». Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages sur la pensée de Max Weber, dont « Max Weber sur les traces de Nietzsche ? » (Revue Française de Sociologie, 2005), Max Weber (Presses Universitaires de France, 2016), Max Weber. La responsabilité devant l’histoire (Colin, 2017), ainsi que sur les politiques, institutions et pratiques culturelles, dont Le T.N.P. de Vilar. Une expérience de démocratisation de la culture, (Presses Universitaires de Rennes, 2006), Le cas Beaubourg. Mécénat d’Etat et démocratisation de la culture, (préface de Bernard Stiegler, Armand Colin, 2007), Sociology of Culture and Cultural Practices : The Transformative Power of Institutions (Chicago, Lexington Books, 2014) et Sociologie de la culture et des pratiques culturelles (Armand Colin, 2016).

Simon Lafontaine : Esseulement et solitude dans la modernité

Les émotions de honte, de tristesse et de désespoir qui caractérisent l’esseulement, mais aussi les ressources créatives dont recèle le retrait solitaire de la vie sociale, sont des notions sous-estimées des sciences sociales pour comprendre les conditions de l’absence et la présence à soi, bien qu’elles accompagnent les développements de la sociologie, notamment à travers les concepts d’aliénation, d’individualisme et d’anomie. Trois moments caractéristiques de cette histoire sont revisités afin d’envisager le phénomène d’être seul ensemble ou séparément dans ses dimensions structurelles, interactionnelle et actancielle. L’esseulement est-il intensifié par les propriétés structurelles et culturelles des sociétés modernes ? Comment les perturbations de la présence à soi vécue dans l’échec à rencontrer les attentes d’autrui qui instancient ces propriétés au niveau de l’interaction, par exemple dans la performance de la classe et du statut social, de l’identité sexuelle et du genre, de la race et de l’appartenance ethnique, sont-elles réintégrées à la vie sociale par les acteurs, leur imagination et leur projection de nouvelles actions ? Sous quelle condition préalable l’esseulement est-il converti en solitude créative ? Je tente d’articuler une analyse des seuils et des espaces liminaires de la vie sociale qui considère ces moments de perturbation comme étant inhérents au cours de la vie sociale, en envisageant comment les gens peuvent répondre à l’esseulement, le contourner et composer avec lui au quotidien.

Simon Lafontaine est chercheur postdoctoral au Département de sociologie de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver. Ses travaux développent les traditions phénoménologiques et constructivistes en sociologie pour déplier la perspective des acteurs sur le monde social, dont les actes et les émotions sont au fond de tout le système. Ses recherches en cours, financées par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, explorent les espaces de la solitude à Vancouver et la capacité des acteurs à composer avec cette expérience.

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Introduction à l’analyse de discours

Deux journées de formation à destination des jeunes chercheur·e·s en sciences sociales et humaines
Organisées par TRANSFO – Research Center for Social Change, ULB-Charleroi.

Dates et lieu

17 et 18 janvier 2022 Nouvelles dates : 25 et 26 avril 2022, de 12h à 18h
Charleroi, Auberge de Jeunesse, salle de réunion « Les colonnades »

Contenu et objectifs

Ces deux journées de formation ont pour objectif de fournir à un public interdisciplinaire de jeunes chercheur·e·s (politistes, sociologues, juristes, anthropologues, historiens et autres) une introduction générale à l'analyse de discours (AD). Discipline à part entière pour certains, simple méthode ou outil pour d'autres, l'analyse de discours sera ici envisagée comme une approche ou une posture spécifique en sciences sociales : elle suppose une posture épistémologique particulière et recouvre des méthodes et outils très différents (quantitatifs et qualitatifs), mais peut être mobilisée à partir de regards disciplinaires variés. La formation sera subdivisée en quatre modules de deux heures (voir programme ci-dessous).

Organisateurs et intervenants 

La formation est organisée principalement par l’unité de recherche interdisciplinaire TRANSFO – Research Center for Social Change, basée à Charleroi.
Responsable académique: Caroline Close

La formation sera animée par Arthur Borriello

Comité d’organisation 

  • Caroline Close, ULB
  • Laura Calabrese, ULB 
  • François Debras, ULiège 
  • Jérémy Dodeigne, UNamur
  • Geoffrey Grandjean, ULiège
  • Philippe Hambye, UCL
  • Manon Libert, UMons 

Inscriptions

Inscriptions jusqu’au 20 novembre 2021 via ce lien

PROGRAMME

JOUR 1 – LUNDI 17 JANVIER 2022 – 12h-18h

12h-13h15 Welcome lunch
13h30-15h30 Module 1 – Préambule philosophique
  L'AD présuppose, en amont, une prise en compte des questions relatives au statut du langage et de la réalité sociale. Qu’est-ce que le langage ? Comment détermine-t-il notre rapport au monde et à la connaissance ? Cette première séance vise à transmettre une certaine "sensibilité" à la question du discours.
15h30-16h Pause-café
16h-18h Module 2 – Les théories et traditions de recherche
  L'AD recouvre de nombreuses traditions théoriques plus ou moins complémentaires qui se sont progressivement structurées et font aujourd'hui la richesse de cette approche. Trois des plus importantes d'entre elles seront présentées : l'école française, la critical discourse analysis et l'approche post-structuraliste.

JOUR 2 – MARDI 18 JANVIER 2022 – 12h30-18h

12h30-13h30 Lunch convivial
13h30-15h30 Module 3 – Les principaux concepts
  Cette séance vise à définir et expliquer quelques concepts centraux de l'AD : le discours, la langue et la parole ; l'énoncé, le sujet énonciatif et le contexte d’énonciation ; l'acte de langage; les unités de base d'une analyse de discours, etc.
15h30-16h Pause-café
16h-18h Module 4 – La lexicométrie comme outil
  Cette séance vise à familiariser le public avec l'un des outils privilégiés dans l'analyse de discours, en particulier dans l'école française : la lexicométrie. Il s'agira d'en expliquer l'intérêt et les principales fonctionnalités, ainsi que de montrer comment cet outil peut être mobilisé dans le cadre d'une démarche de recherche en sciences sociales.
18h Drink de clôture
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Mères incarcérées, quelle prise en charge des liens familiaux ? Entre contrôle institutionnel et stratégies de résistance au féminin

Webinaire organisé par l’ULiege et l’Université Centrale d’Equateur

Vendredi 15 janvierNouvelle date : 5 mars, 14h00 – 16h00

En Amérique latine comme en Europe, l’image de la « femme déviante », celle qui a enfreint la loi et la norme sociale est doublement suspecte. L’expérience carcérale dépasse alors la simple privation de liberté et entraîne d’autres peines pour les femmes mais aussi pour leurs proches (Aguirre 2010 ; Cardi 2014 ; Coba 2015). Le contrôle des familles, légitimé par l’« intérêt supérieur de l’enfant » ou par l’identification d’une famille « dysfonctionnelle », contribue à un élargissement du système punitif, qui s’étend aux tissus familiaux et sociaux, dans des contextes marqués par la pauvreté.

Ce webinaire vise à rendre compte des stratégies institutionnelles et autogérées qui régulent l’incarcération des mères et la prise en charge des liens familiaux en Équateur et en Belgique. Comment l’État et l’administration problématisent-ils ces situations ? Comment les liens locaux/non reconnus/non pris en compte permettent-ils de maintenir les réseaux du care et de la reproduction malgré l’incarcération d’une ou plusieurs membres de leurs familles (Aguirre et Coba 2017) ? Et comment les femmes /inventent-elles des manières de résister à l’isolement et au déchirement de ces liens ?

Par ce webinaire, nous proposons de faire dialoguer les phénomènes de criminalisation et de résistances des femmes en Équateur et en Belgique afin de mettre en lumière les situations d’action organisée auxquelles elles donnent lieu. Ce webinaire reposera sur deux présentations de Typhaine Léon (Université Centrale d’Equateur) et de Salim Megherbi (Helmo/ULiege), une discussion par Corinne Rostaing (Université de Lyon 2) et un débat avec les participants.

Intervenants

  • Typhaine Léon, Université Centrale d’Équateur : « Stratégies du maintien les liens familiaux des mères incarcérées face à l’élargissement du pouvoir punitif à Quito depuis 19801 ».
  • Salim Megherbi, Helmo, Université de Liège : « Des enfants en prison avec leur mère : analyse d’une prise en charge institutionnelle ».

Discutant : Corinne Rostaing (Université Lyon 2).

Modérateur : Christophe Dubois (ULiege).

 

Comité d’organisation

Pierre Desmarez (ULB), Philippe Scieur (UCLouvain), Marc Zune (UCLouvain), Christophe Dubois (ULiege) et Frédéric Schoenaers (ULiege).

Inscriptions

Contacter Christophe Dubois avant le 1/03/2021 (le lien du webinaire vous sera envoyé en guise de confirmation).

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Découvrir la recherche qualitative par la pratique

La description complète et les modalités d'inscription apparaissent sur le site de l’école doctorale en sciences de gestion.

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Cycle de visio-conférences en analyse de discours

FRIANDIS : Réseau Francophone International en Analyse de DIScours – 5ème édition

Circonstances exceptionnelles

L’ensemble du cycle est reporté à une période ultérieure. Dès que les nouvelles dates seront arrêtées, elles seront publiées sur cette page.

Conçu dans une perspective transdisciplinaire et méthodologique, ce cycle de rencontres virtuelles s'adresse aux professeurs, aux chercheurs ainsi qu'aux étudiants de 3ième cycles intéressés par le spectre des études du discours.
Afin de permettre au plus grand nombre de participer aux échanges, les rencontres se déroulent par visioconférence, simultanément dans 3 pays, au sein d’un réseau interconnecté impliquant des sites universitaires (connexion collective) ou des connexions individuelles de chercheur(e)s.
Ces visioconférences se tiennent les mercredis de 15h30 à 17h30 (heure de Paris) et de 9h30 à 11h30 (heure de Montréal).
N.B. à cause du changement de l’heure d’été au Canada avant celle de l’Europe, les deux séances en mars 2020 se tiendront de 10h30 à 12h30 (heure de Montréal) et à l’horaire habituel de 15h30 à 17h30 (heure de paris).

Les responsables scientifiques du réseau sont :

  • Dimitri della Faille, UQO, dimitri.dellaFaille@uqo.ca
  • Corinne Gobin, ULB, cogobin@ulb.ac.be
  • Thierry Guilbert, U Picardie, thierry.guilbert@u-picardie.fr
  • Dominique Longree, Ulg, dominique.longree@uliege.be
  • Claire Oger, UPEC, claire.oger@u-pec.fr
  • Elias Rizkallah, UQAM, rizkallah.elias@uqam.ca

Les pôles universitaires de diffusion :

Canada

  • Université du Québec à Montréal : Élias Rizkallah
  • Université de Sherbrooke: Karine Collette
  • Université du Québec en Outaouais: Dimitri della Faille

France

  • Université Paris-Est Créteil : Claire Oger
  • Université de Picardie : Thierry Guilbert
  • Université de Toulouse III : Lucie Loubère

Belgique

  • Université de Liège : Dominique Longree
  • Université catholique de Louvain : Corinne Gobin et Philippe Hambye
Situation exceptionnelle

Suivant les années et/où les conférences, c’est un des pôles de rediffusion de la visio-conférence dans une université particulière du réseau qui se charge de la gestion de l’interconnexion pour tout le réseau.
Ce premier semestre 2020, les chercheurs/responsables des pôles français sont fortement investis dans une grève contre un ensemble de projets de loi, de lois déjà adoptées ou en cours de l’être (projet de Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), loi Blanquer, projet de loi sur les retraites) qui s’attaquent en profondeur aux conditions de travail, au contenu de l’enseignement et de la recherche et aux conditions de retraite des enseignants et des chercheurs. Tous les niveaux du personnel de l’Éducation nationaleseraient touchés. Les responsables du réseau FRIANDIS sont totalement solidaires avec nos collègues français en grève et en lutte contre ces lois régressives.
Vous trouverez ici des informations.
Si la grève se poursuit, nos collègues et conférenciers français, boycotteront leur Université et se connecteront de façon individuelle, relayés par les Universités belges et /ou québécoises. La diffusion du programme reste cependant assurée.

Le calendrier des visio-conférences

Visio-conférence de EDITH SALES-WUILLEMIN (Université de Bourgogne Franche-Comté). «Quels indicateurs langagiers pour mesurer les représentations sociales et les attitudes?» [10h30 à 12h30 (heure de Montréal) et 15h30 à 17h30 (heure de Paris)]
Si certains auteurs ont cherché à articuler les concepts de Représentations sociales et d'Attitudes (e.g. Jaspar & Fraser, 1984; Fraser, 1994; Rouquette, 1996, 1998, 2009; Juarez & Rouquette, 2007 …), il faut convenir que ces deux champs théoriques ont pris des directions divergentes. Après avoir rapidement présenté ces travaux, nous montrerons que l'analyse de discours, confrontée au matériau linguistique, a permis d'apporter des réponses concrètes en ce qui concerne les différences existant entre l'analyse des modes de représentation d'un objet et l'analyse des modes d'évaluation de cet objet. Nous concluons par une présentation de ces deux niveaux d'analyse illustrée à travers l'étude d'un petit corpus de texte.

 

29 avril 2020. Visio-conférence de PIERRE AIGOUY-CAMPOY (Université de Toulouse III) « Les mots de la langue néolibérale : pour une lexicologie critique » [15h30 à 17h30 (heure de Paris) et de 9h30 à 11h30 (heure de Montréal)]
Notre étude porte sur le lexique propre à l'idéologie néolibérale dans le discours parlementaire. Notre corpus est constitué des débats en séance plénière à l'Assemblée Nationale entre 1998 et 2019. Nous formulons l'hypothèse que le lexique porte en lui une certaine vision du monde. Nous commençons par choisir trois « termes pivots » caractéristiques du discours politique néolibéral : compétitivité, flexibilité, gouvernance. Il s'agit ensuite de récolter dans les discours les mots qui leur sont co-occurrents afin de constituer un répertoire. Les termes de ce répertoire sont ensuite confrontés à la littérature scientifique afin d'établir leur généalogie dans la pensée néolibérale. L'analyse approfondie de ce vocabulaire nous permettra de mettre au jour l'imaginaire qui sous-tend le discours politique néolibéral et ses référents symboliques récurrents. Il s'agit donc de reconstituer à partir du lexique un édifice de représentations et d'idéaux. La question à laquelle nous cherchons à répondre est la suivante : Qu'est-ce que ce lexique nous dit de l'idéologie néolibérale ?

6 mai 2020. Visio-conférence de FRANCOIS FECTEAU (Université libre de Bruxelles). « Capter l’insertion et le développement de l’imaginaire néo-libéral dans le rapport entre l’État, le champ de l’enseignement supérieur et le champ économique : mobiliser les méthodes quantitatives et qualitatives de l’analyse critique du discours pour donner chair aux concepts de l’Interdiscours et du nœud discursif » [15h30 à 17h30 (heure de Paris) et de 9h30 à 11h30 (heure de Montréal)]
Dans le cadre de notre thèse de doctorat, nous avons analysé l’évolution de l’institution l’imaginaire néolibéral dans le rapport entre l’État, le champ de l’enseignement supérieur et le champ économique par l’analyse des débats parlementaires. Ces débats parlementaires, ciblés pour trois contextes nationaux (France, Communauté française de Belgique et Québec) de1980 à 2013, ont été analysés par le recours aux outils statistiques avec le logiciel TXM (index hiérarchique, analyse factorielle de correspondances, spécificités, concordances et cooccurrences). Par la complémentarité de l’analyse quantitative et qualitative, nous avons procédé à un travail d’identification des moments d’émergence des nœuds discursifs (Rear et Jones, 2013 ; Žižek, 2008) à travers lesquels sont réinterprétés les enjeux historiques dans chaque contexte national. La comparaison des trajectoires discursives de chaque contexte national nous a ensuite permis de caractériser l’interdiscours ( Pêcheux, 1975) par lequel l’idéologique néolibérale, à travers un jeu de recontextualisation (Chouliaraki et Fairclough, 1999), parvient à s’immiscer dans l’imaginaire du rôle des universités dans la société.

13 Mai 2020. Visio-conférence de ELIAS RIZKALLAH (Université du Québec à Montréal), discutant : Dominique Longree (Université de Liège). « L’annotation sémantique : considérations sur son statut méthodologique et épistémologique en AD (école française) assistée par ordinateur. » [15h30 à 17h30 (heure de Paris) et de 9h30 à 11h30 (heure de Montréal)]
Traditionnellement dans l’AD à la française, le statut des annotations de texte est particulièrement peu élogieux, souvent associées aux problèmes épistémologiques (Gardin, 1974; Henry & Moscovici, 1968) ou méthodologiques (Pêcheux, 1969; Robin, 1973) de l’analyse de contenu, et plus récemment de la recherche qualitative (Fairclough, 1992; Maingueneau, 2012), où il s’agit surtout d’annotations de types sémantiques. Même si les annotations de type morphosyntaxique sont plus légitimées en AD et en ADT à la française, il persiste une suspicion non négligeable en ce qui a trait aux annotations sémantiques. Récemment, quelques écrits ont vanté principalement les qualités pragmatiques et heuristiques des annotations sémantiques (Lebart, Pincemin & Poudat, 2019; Née & Fleury, 2017; Poudat & Landragin, 2017) ainsi que leurs rôles prépondérants dans l’apprentissage machine. La présentation tentera de revenir sur ce débat sur le plan épistémologique et méthodologique dans un contexte d'assistance par ordinateur. À titre indicatif, seraient ainsi abordées quelques aspects de l’annotation sémantique, comme la validité de la connaissance qui en est issue, le statut et la dynamique entre texte/parole, annotation et analyste ainsi que les caractéristiques formelles de ces annotations (cardinalités annotation-texte, exhaustivité d’assignation, agrégation hiérarchique des annotations, etc.) et de leur construction (a priori ou a posteriori).

27 mai 2020 Visio-conférence de RACHELE RAUS (Université de Turin) « La traduction du discours néolibéral dans les institutions européennes (FR/EN) : vers un capitalisme de surveillance ? ». [15h30 à 17h30 (heure de Paris) et de 9h30 à 11h30 (heure de Montréal)]
À partir d’exemples tirés des discours des institutions de l’Union européenne, notamment le Parlement (PE) et la Commission (CE), il s’agira de présenter une recherche en cours portant sur les discours néolibéraux en traduction interlinguistique (en anglais et en français). À la croisée de plusieurs types de discours – institutionnel (Krieg-Planque 2012, Gobin & Cussò 2008), diplomatique (Pascual 2002, Villard 2005, 2007) et juridique (Cornu 1991, Damette 2007) –, les discours du PE et de la CE se caractérisent par la présence d’une rhétorique spécifique (Gobin-Deroubaix 2010) et par la présence d’une novlangue, la « langue de coton» (Huyghe 1991, Steiner 2002, Perrot 2002), incarnée, dans ce cas précis, par l’« Eurojargon » (Goffin 2005 ; Raus 2013, 2018). La narration économique constamment présente dans ces discours, et qui est naturalisée par l’« effet d’évidence » (Guilbert 2011), semble de plus en plus virer vers un discours incorporant le citoyen européen à ce que Shoshana Zuboff (2019) a défini un « capitalisme de surveillance ». Dans ce cadre, il s’agira de montrer quel rôle la traduction peut jouer pour résister à la diffusion de ce discours et de proposer un protocole d’accord entre discourse studies et post-translation studies.

Modalités pratiques

Les conférences sont ouvertes à toutes/tous et gratuites.

Pour assister à une visio-conférence en Belgique, deux sites universitaires assurent la diffusion.
Toutes les conférences annoncées (à l'exception de celle du 6 mai) seront diffusées par l’Université de Liège (centre ville) à la salle informatique de Philosophie et Lettres, Bâtiment A4, Quai Roosevelt, 1B B-4000 Liège
Si vous voulez y assister, veillez vous annoncer préalablement auprès du professeur Dominique Longrée (dominique.longree@uliege.be).

Certaines conférences seront diffusées aussi par l’Université catholique de Louvain sur le site de Louvain-la-Neuve :

  • celle du 6 mai: Place des sciences, bibliothèque des sciences et technologies, local de visioconférence ;
  • celle du 13 mai: Auditoires Doyens, Place des Doyens, local : Doyen 21.

Prière de prendre contact préalablement avec Corinne Gobin (cogobin@ulb.ac.be) si vous désirez y assister.

Publié dans 2019-2020, Méthodologies | Commentaires fermés sur Cycle de visio-conférences en analyse de discours